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Le parlement des invisibles

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Le parlement des invisibles

De quelle façon les disparus, êtres et œuvres, nous mettent-ils en mouvement ?
Comment, à travers la danse, viennent-ils fertiliser notre présent ? Quels sont leurs régimes de vitalité ?
Le parlement des invisibles déploie une traversée funéraire pour une œuvre oubliée, la Danse Macabre (1935) du chorégraphe allemand Sigurd Leeder.
Porté par 5 danseurs, Le parlement des invisibles emprunte tour à tour à la procession, au rituel ou au carnaval pour faire écho à la dimension collective des danses macabres et à leurs charges festives et satiriques. Il joue avec différents registres de représentation et d’altérations chorégraphiques et musicales et mêle projections d’images d’archives et actualisations dansées en direct pour célébrer la fécondité de ces disparus qui nous rendent si vivants.


distribution  

conception, direction artistique  Anne Collod
chorégraphie  Anne Collod en collaboration avec les interprètes, à partir de la Danse Macabre de Sigurd Leeder
interprétation Jonas Chéreau, Germana Civera, Marta Izquierdo Munoz, Laurent Pichaud, Betty Tchomanga
collaboration artistique  Johann Maheut, Cécile Proust
musique  Pierre-Yves Macé Musiciens enregistrés Maxime Echardour (percussions), Guénolé Keravec (bombarde ténor), Trami Nguyen (piano)
lumières  Henri-Emmanuel Doublier assisté de Maxime Peaumier
scénographie  Johann Maheut
images  Jacques Hœpffner
costumes  La Bourette
régie générale Juliette Rudent-Gili
administration, production, diffusion  Grand Ensemble

LE PARLEMENT DES INVISIBLES de Anne Collod
photographie Laurent Philippe

Le parlement des invisibles

 

« Le parlement des invisibles est né de plusieurs envies : je désirais d’une part prolonger le travail de recréation de pièces chorégraphiques que je mène depuis plusieurs années, et poursuivre le mouvement amorcé avec la recréation de Parades & Changes d’Anna Halprin, en poussant le travail de réinterprétation : l’œuvre recréée devient la matrice d’une nouvelle pièce, un gisement dans lequel puiser.
Je suis partie de l’hypothèse qu’interpréter les traces laissées par des œuvres chorégraphiques serait une façon de converser avec des disparus, de les laisser me mettre en mouvement et de les inviter à venir bousculer mon présent.
Cela m’a amenée à considérer les morts comme ayant des formes d’existence aussi bien réelles qu’imaginaires, et comme des êtres porteurs de récits doués d’un régime de vitalité qui impacte les vivants.
J’avais aussi l’envie, après le travail que j’avais mené avec la chorégraphe américaine Anna Halprin, de prolonger le lien qu’elle établit entre l’art et la vie et de mener une réflexion sur la place des morts et leurs représentations aujourd’hui. J’ai rencontré une série de professionnels qui travaillent avec des morts et j’ai collecté les récits des gestes qu’ils effectuent pour eux.
Enfin j’avais besoin de tenter d’exorciser la solitude et la peur liée pour moi à la mort et au deuil en une célébration collective, de transformer un mouvement de clôture en un mouvement de réinvention et de fécondité et de renverser un processus d’occultation de la mort et des morts en un processus d’exposition et de partage.

La Danse Macabre m’a paru être la compagne idéale pour accompagner ces changements de perspective. Issue du Moyen-Âge, cette forme picturale déploie une longue farandole où des squelettes dansants entrainent vers un ailleurs inconnu des vivants pétrifiés, les plus puissants partants les premiers.
Cette représentation des liens entre les vivants et les morts me perturbait par son étrangeté et me stimulait en plaçant la danse, la désarticulation des normes, la cohabitation de la réalité et de la fiction, du poignant et du grotesque en son cœur.

Une danse macabre allemande

J’ai invité également une danse macabre oubliée des années 30, la Danse Macabre du chorégraphe et pédagogue allemand Sigurd Leeder à venir hanter le plateau.

Cette Danse Macabre est une fable chorégraphique d’une dizaine de minutes écrite en 1935 pour un groupe de 18 étudiants-danseurs. Composée sur la musique homonyme de Camille Saint-Saëns dans sa version pour deux pianos, la Danse Macabre met en scène le temps d’une nuit une société évanouie qui se mêle en des danses endiablées au milieu d’un cimetière, avant de se disperser à l’aube.
C’est la dimension collective et fantastique de cette œuvre qui m’a intéressée, ses motifs folkloriques et populaires. Ce thème du surgissement nocturne me paraissait propice à cette notion de survivance et de hantise d’une œuvre que je souhaitais explorer ; la précision de son écriture gestuelle et spatiale offrait aussi un support intéressant d’altération et de décomposition qui sont d’autres motifs importants qui irriguent Le Parlement des invisibles.

Fait rare dans l’histoire de la danse, Sigurd Leeder en a réalisé une partition Laban qui m’a permis de déchiffrer cette Danse Macabre. J’ai ensuite transmis cette partition chorégraphique à des danseurs de la formation Extensions du Centre de Développement Chorégraphique de Toulouse et à des danseurs professionnels de la région afin de recréer cette Danse Macabre et de la filmer. Cette archive contemporaine réalisée par l’artiste vidéaste Jacques Hoepffner ainsi qu’un film d’archives des années 30 retrouvées dans les Archives Suisses de la Danse permettent à différentes natures d’images et à différentes strates de temps de s’entrecroiser dans Le parlement des invisibles.

J’ai aussi transmis à Jonas Chéreau, Germana Civera, I Fang Lin, Fabrice Ramalingom, Betty Tchomanga, les cinq interprètes qui ont créée Le parlement des invisibles, les principaux motifs chorégraphiques de cette Danse Macabre afin qu’ils puissent s‘en saisir et les altérer.

Altérations musicales 

La musique du compositeur Pierre-Yves Macé joue elle aussi de différents registres spectraux ou fantomatiques avec des reprises altérées de la Danse Macabre de Camille Saint-Saëns. Elle introduit également une dimension populaire ou archaïque en jouant des motifs de la fanfare, du carnaval ou de la lamentation. »

Anne Collod

portraitPenicheMulti

photographie Jacques Hœpffner et Johann Maheut

 

Nous remercions chaleureusement I-Fang Lin et Fabrice Ramalingom qui ont créé Le parlement des invisibles, ainsi que les danseurs de Toulouse et le groupe d’étudiants de la formation Extensions du CDC Toulouse – Midi Pyrénées avec qui nous avons recrée La Danse Macabre de Sigurd Leeder : Nyna Aby, Marie Capdeville, Henrique Furtado, Cassandre Munoz, Guillaume Pierron, Inka Romani, Lucia Soto, Agathe Thévenot, Amélie Vallée, Anna Vanneau, ainsi que Benjamin Forgues, Mélissa Garcia Carro, Clément Garcia, Emilie Labédan, Charlie Anastasia Merlet, Mickaël Mouchon et Lise Vermot.

production déléguée  association … & alters
en coproduction avec:
La Briqueterie CDC Val -de -Marne, Fontenay-en-Scènes, Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, le Parc de La Villette dans le cadre des Résidences d’artistes, le Vivat d’Armentières – scène conventionnée danse et théâtre, le Centre National de la Danse de Pantin, l’Arsenal de Metz, le Centre Chorégraphique National de Montpellier Languedoc-Roussillon – Programme Résidences, le Phare – Centre Chorégraphique National du Havre Haute-Normandie, le Centre Chorégraphique National de Franche-Comté à Belfort.

Avec l’aide à la production d’ARCADI Île -de -France et le soutien de l’Adami, de la Spedidam, du Théâtre de Vanves, et de Pact-Zollverein – Essen. Remerciements au  CDC Toulouse – Midi-Pyrénées, au Théâtre Garonne et au Théâtre de Gennevilliers.

L’association … & alters est associée à la Briqueterie CDC Val de Marne (2014-2016) et est soutenue par la DRAC Île de France, Ministère de la Culture et de la Communication au titre de l’aide aux compagnies.

représentations
création 13 et 14 septembre 2014 au Théâtre de Fontenay-sous-Bois – Festival Fontenay en scène puis programmée à L’Arsenal de Metz, Le Phare/CCN du Havre – Festival Pharenheit, Espaces Pluriels – Pau, Théâtre Jean Vilar – Vitry  Biennale de Danse du Val de Marne,
Théâtre de L’apostrophe – Les Louvrais / Cergy-Pontoise, Kaaithetaer / Bruxelles
CND / Pantin  11-12 mai 2016.

 

Presse 
– Article Danser Canal Historique

danser canal historique

17 mars 2015     Thomas Hanh

Danser la mort est le plus existentiel des paradoxes. Anne Collod en tire une idée non moins spectaculaire : convoquer un Parlement des invisibles, autour de la danse macabre. Le terme d’invisible visant les défunts, le lien avec la danse macabre passe par le rituel. En effet, les parlements de nos républiques en regorgent, les rituels aussi.
Collod est donc venue à la Biennale du Val-de-Marne avec une pièce inspirée de la danse expressionniste allemande, ainsi que des fêtes funéraires mexicaines et du carnaval. Carne Vale! La chair  (elle vaut ce qu’elle vaut) mène la danse. Le jour où elle disparait sous la terre, les morts laissent de multiples traces dans notre monde. Le parlement des invisibles interroge ces traces et présences, en proposant différents regards sur les relations que nous entretenons avec eux. Le premier des partis pris au parlement chorégraphique des défunts est un voyage fait de fascination et de trouble, à la manière d’une traversée du Styx façon vingtième siècle. Ces tableaux fantomatiques s’appuient sur la Danse Macabre de Sigurd Leeder (…)
Projections en noir et blanc, jeu avec l’ordre et sa transgression, présences fantomatiques, sur scène comme dans la projection de la chorégraphie de Leeder, filmée dans une reconstruction de Collod. Apparition chimérique d’une danse macabre. Sur le plateau des effets stroboscopiques tamisés dissèquent les mouvements en douceur, créant des états de transition et d’évanescence, repris dans un solo de Germana Civera qui confine au butô. Ce flirt avec le partition est contredit dans d’autres tableaux où danse , costumes, couleurs et formes abordent le burlesque, la sensualité et même l’érotisme. Le désir de vie s’y affirme avec force, jusque dans des états de possession, grâce à une brochette très sélect d’interprètes qui n’ont pas peur de s’aventurer dans des zones troubles. (…)

– Article Inrocks

mars 2015, cahier Biennale de danse du Val-de-Marne, par Fabienne Arvers et Patrick Sourd

 

LE PARLEMENT DES INVISIBLES de Anne Collod
Photo Laurent Philippe

 

Autour du Parlement des invisibles 

 

Exposition fragments 

Le scénographe Johann Maheut propose une exposition présentant différents éléments qui font écho au  parlement des invisibles.

expo fragments

 

Conférences:

En parallèle à la présentation du parlement des invisibles, l’association … & alters propose deux types de conférences:

  • Fabrique d’une danse macabre:
    Anne Collod
    Durée 1h15

Anne Collod s’appuie sur le travail de déchiffrage et de réinterprétation de la Danse Macabre (1935) du chorégraphe allemand Sigurd Leeder, qui est au cœur de sa pièce le Parlement des invisibles pour introduire le système de notation du mouvement de Rudolf Laban et apporter un éclairage sur le travail d’écriture chorégraphique de la danse allemande des années 30.

Elle ouvre également le laboratoire de création du Parlement des invisibles en partageant à partir de films, de photographies et de documents sonores les processus de travail et les recherches sur les danses macabres qui ont présidé à son élaboration, et pour lesquelles elle a reçu deux bourses, l’Aide à la recherche et au Patrimoine du Centre national de la Danse/Ministère de la Culture et le programme Hors les Murs de l’Institut Français qui l’ont conduit notamment au Mexique et au Japon.

  • L’inventivité des morts:
    Vinciane Despret
    Durée 1h« Comment les morts nous mettent-ils en mouvement ? »
    « Quelles sont leurs régimes de vitalité ? »

Ces questions posées par les dernières recherches de Vinciane Despret, philosophe, éthologue et psychologue résonnent tout particulièrement avec le spectacle du Parlement des invisibles qu’elles ont en partie inspiré.
En amont de la représentation du parlement des invisibles, Vinciane Despret expose la façon dont les relations entre les morts et les vivants offrent des matrices inépuisables d’histoires et de création et nourrissent leurs quêtes mutuelles.

 

Ateliers pédagogiques:
  • Ateliers pour professionnels et semi-professionnels:
    Atelier de transmission de la Danse Macabre (1935) de Sigurd Leeder.
    Anne Collod propose l’apprentissage et un travail d’interprétation de la Danse Macabre de Sigurd Leeder à partir de la partition en cinétographie réalisée par le chorégraphe.
    Public: pour un groupe de 18 étudiants/danseurs d’un bon niveau technique
    Durée: transmission de la totalité de la chorégraphie + travail d’interprétation : deux semaines à temps plein (5-6h /jour).
    Il est possible sur des temps plus réduits de travailler sur des fragments de la pièce.

La Danse Macabre de Sigurd Leeder offre l’accès à une forme d’écriture emblématique de la danse allemande des années 30 et des recherches sur le mouvement menées par Sigurd Leeder et Kurt Joos à partir des principes de Rudolf Laban. Elle permet à des jeunes danseurs d’aujourd’hui de se confronter à un ensemble d’éléments, vocabulaire chorégraphique, registres toniques, configurations de groupe, rythmes et temporalités qui ont en grande partie disparu des écritures actuelles et sont de par leurs qualités extrêmement stimulants.

La transmission de cette œuvre à partir de sa partition en cinétographie Laban offre également aux étudiants la possibilité d’aborder un mode d’apprentissage et de transmission singulier du répertoire chorégraphique à partir des principes d’analyse du mouvement défini par Laban, et de se confronter concrètement aux questions soulevées par la réinterprétation d’une œuvre provenant d’une époque et d’un espace autres.

Le travail de transmission de cette Danse Macabre permet sa recréation et donne la possibilité d’en travailler l’interprétation en privilégiant les aspects les plus marquants de l’œuvre:
– contraste dans les registres de tension et le relief amené par les accents dynamiques ;
– dimension grotesque de la danse à partir de l’organisation spatiale des postures et de la conduite des tensions ;
– richesse des motifs chorégraphiques, des figures de groupe et des trajets spatiaux ;
– vélocité d’exécution et dimension de transe que contient cette danse.

Un travail sur le masque est également mené en parallèle.

  • Atelier pour adolescents

Anne Collod propose à des adolescents de 14 à 18 ans un atelier de danse consacré à la création d’une « danse des morts-vivants » décalée, hybride et libératoire.

Pour s’amuser à (se) faire peur avec nos monstres, pour s’inventer autre et trouver la formidable puissance de vie qui peut résulter du jeu d’avec nos drôles de représentations de la mort.

L’atelier comprend un temps d’échauffement, un travail d’improvisations guidées en danse contemporaine puis une partie d’écriture chorégraphique.

Les improvisations s’appuient sur les imaginaires de chacun et sur diverses influences revisitées pour l’occasion, des vieux films d’horreur de série B aux films muets de l’expressionnisme allemand, du mythique « Thriller » de Mickaël Jackson aux danses tribales africaines.

  • Ateliers pour adultes/adolescents de tous niveaux

fragments d’une danse macabre  

Anne Collod propose à des adultes et adolescents de tous niveaux de traverser certains des processus d’explorations et de composition développés pour sa pièce le Parlement des invisibles, autour notamment des notions d’altération et de décomposition :

En travaillant sur différents registres de tonicité, du plus tonique au plus relâché, et sur des imaginaires singuliers, il s’agira de faire surgir des états de corps différenciés et d’explorer des devenirs spécifiques : devenirs ombres, mort-vivants, corps-objets, devenirs animaux, végétaux ou minéraux.

Des motifs chorégraphiques issus de la Danse Macabre (1935) de Sigurd Leeder seront également altérés à partir de contraintes diverses et serviront de support à l’élaboration d’une danse macabre collective.