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parades & changes, replays – parades & changes, replay in expansion

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Deux réinterprétations de Parades & Changes (1965) d’Anna Halprin
Conception et direction artistique Anne Collod en dialogue avec Anna Halprin et Morton Subotnick


parades & changes, replays (2008) 

parade of costumes - copie

crédit photo Jérôme Delatour

Dès le milieu des années quarante, la chorégraphe Anna Halprin a développé en  Californie l’une des aventures artistiques les plus radicales et fécondes du XX°siècle.

Improvisation, création collective, entrée des gestes du quotidien dans le champ de la danse avec les célèbres « tâches », travail dans la nature, avec la nudité, implication dans les grandes luttes politiques et sociales, autant d’éléments qui poseront les bases de la performance et influenceront de façon déterminante la danse post-moderne américaine ainsi que plusieurs générations d’artistes.

Véritable « cérémonie de la confiance », Parades & Changes (1965), œuvre majeure de la chorégraphe, met à nu le processus, le lieu, l’action et le performer. Basée sur l’improvisation structurée et l’utilisation de partitions (scores) comme outil de création et d’écriture, la pièce déploie une série de « parades » qui traversent le lieu théâtral, et met en jeu des actions quotidiennes altérées, des corps sonores, des voyages d’objets, des temporalités distendues et des sensorialités multiples.

En dialogue avec Anna Halprin et Morton Subotnick, compositeur et co-créateur de la pièce d’origine, Anne Collod a actualisé les multiples scénarios de cette œuvre ouverte et propose, avec un ensemble de chorégraphes / performers de premier plan, une réinterprétation in extenso de Parades & Changes. Créée en septembre 2008, parades & changes, replays permet au public de découvrir dans toute son envergure, pour la première fois depuis les années soixante, cette pièce interdite pendant vingt-cinq ans aux Etats- Unis pour cause de nudité.

parades & changes, replays a tourné depuis sa création en France, en Europe et aux Etats Unis et a été récompensé par un Bessie Award à New York en 2009.

« La renversante beauté de ces compositions pour corps, musique, couleurs, sons, paroles et actions quotidiennes » l’engagement, la vigueur et l’éclat de la recréation resituent brillamment l’œuvre d’Anna Halprin à la place cruciale qui est la sienne dans la danse et la performance.

« De par la finesse de sa réalisation, l’actualité de ses processus, et, ce qui n’est pas le moindre, de par la profondeur et la substance de la pièce « originale », parades & changes, replays se déploie comme un chef-d’oeuvre sans âge, dont la vision procure non seulement un immense plaisir, mais articule des questionnements sur la performance et la représentation qui sont toujours d’une parfaite validité. » Corpus – Sabina Holzer – 18 octobre 2008 – Vienne (Autriche)

Distribution :

Conception, direction artistique : Anne Collod  en dialogue avec Anna Halprin et Morton Subotnick
collaboration artistique : Cécile Proust
réinterprétation  & performance : Boaz Barkan, Nuno Bizarro, Alain Buffard, Anne Collod, DD Dorvillier, Vera Mantero
musique : Morton Subotnick jouée par Sébastien Roux
lumières : Mikko Hynninen
costumes Misa Ishibashi
éléments scénographiques : Misa Ishibashi, Alain Gallissian
réalisation graphique des partitions : Mathias Poisson
direction technique et régie son : Nicolas Barrot
production : Camille Desjardin / Marie Roche / Henri Jules Julien

Production :

une production …& alters
en coproduction avec le Festival d’Automne à Paris, Les Spectacles vivants – Centre Pompidou, la Biennale de la Danse de Lyon, le Centre National de Danse Contemporaine d’Angers, Le Manège de Reims – Scène Nationale, le Centre Chorégraphique National de Montpellier Languedoc Roussillon ;
avec l’aide de New England Foundation for the Arts, FUSED (French US Exchange in Dance), French American Cultural Society, ADAMI, DRAC Île de France, SPEDIDAM, Fondation Beaumarchais, CulturesFrance, Services culturels, Consulat Général de France à San Francisco, Services culturels, Ambassade de France aux USA ;
avec le soutien de Culturgest Lisbonne, Le Vivat Scène Conventionnée d’Armentières – résidence, Micadanses Paris – Les Laboratoires d’Aubervilliers (prêt de studios).


parades & changes, replay in expansion (2011)

Stomp

crédit photo Jérôme Delatour

Avec parades & changes, replay in expansion, Anne Collod pousse plus loin les potentialités de Parades & Changes et déploie de nouveaux scores qui n’avaient pu être recréés dans la première réinterprétation. Elle prolonge la nature transdisciplinaire de la pièce originelle en invitant quatre performeurs venus du cirque à se joindre aux danseurs, et réactive des parades inédites, notamment une Parade de Construction emblématique de la pièce par son déploiement dans la troisième dimension.

Servi par une équipe élargie de danseurs entièrement renouvelés par rapport à la première réinterprétation et de circassiens de premier plan, mettant en jeu pour la première fois l’intégralité des scores développés par Anna Halprin et des nouveaux scores développés en 2008, parades & changes, replay in expansion est l’occasion d’une complète refondation des diverses versions des années 60 et 2000, en une forme totalement inédite.

parades & changes, replay in expansion a été créée le 11 mars 2011 à Cergy Pontoise

Distribution :  

conception, direction artistique Anne Collod  en dialogue avec Anna Halprin et Morton Subotnick
collaboration artistique Cécile Proust
réinterprétation  & performance Anne Collod, Yoann Demichelis, Ghyslaine Gau , Saskia Hölbling, Ignacio Herrero Lopez, Eric Lecomte, Chloé Moura, Laurent Pichaud, Pascal Queneau, Fabrice Ramalingom
musique Morton Subotnick interprétée par Pierre-Yves Macé
lumières Henri-Emmanuel Doublier
régie Fred Vannieuwenhuyse et Frank Condat
chargé de production Henri jules Julien

Production :

Une production …& alters, en coproduction avec le Parc et la Grande Halle de La Villette / Paris, La Brèche, Centre Régional des Arts du Cirque, Cherbourg. Avec l’aide à la production ARCADI, l’aide à la création de la DRAC Ile de France et l’aide de l’ADAMI et de la SPEDIDAM. Avec le soutien de l’Académie Fratellini centre international des arts du spectacle / Saint-Denis, de Montpellier Danse et de l’Apostrophe scène nationale de Cergy Pontoise & Val d’Oise.

Tournées de parades & changes, replays (2008),  parades & changes, replay in expansion (2011) de 2008 à 2015

2008  création Biennale de la Danse de Lyon (Fr) September 18-19-20
Festival d’Automne à Paris / Centre Pompidou Paris (Fr) Sept. 24-25-26-27
Kaiitheater Bruxelles (Be)                             October 3-4
Tanzquartier Wien (Au)               October 13-14
2009 Culturgest Lisboa (Po) January 23-24
Fundacao de Serralves Porto (Po) January 26
Le Vivat Armentières (Fr) February 4
Tanzhaus NRW Düsseldorf (Ge) Februray 14
Museum Ludwig Köln (Ge) February 15
Greek Festival Athen (Gr) July 7-8-9
Tanz Im August Berlin (Ge) August 21-22
Museum Contemporary Art Chicago (USA) November 5-7-8
RedCat Los Angeles (USA) November 11-12-13-14
Dance Theater Workshop New-York (USA) November 18-19-20-21
Manège Reims December 18
2010 CNDC Angers (Fr) January 13-14
La Passerelle Saint-Brieuc (Fr) January 19
Centre Pompidou Paris (Fr) January 21-22-23
Lieu Unique Nantes (Fr) January 26
Halle aux Grains Blois (Fr) January 29
Théâtre Garonne / C’est la Danse Contemporaine Toulouse (Fr) February 10-11
TAP Poitiers (Fr) April 30
Festival Les Antipodes Le Havre (Fr) May 11
Southbank London (GB) November 27
2011 création Cergy Pontoise Apostrophe scène nationale (Fr) March 11
Metz Arsenal (Fr) April 14
Montpellier Danse (Fr) April 20
Seoul Modafe Festival (Ko) May 29
Paris Grande Halle de la Villette (Fr) June 15-16-17-18
November Festival Helsinki (Fi) November 5-6
Dansenshus Stockholm (Sw) November 8
2012 Festival Ardanthé Vanves (Fr) January 23-24
Bühnen Köln (Ge) November 9-10
2013 Festival Uzès Danse – Uzès (Fr) June 15
2015 Le Perreux- Centre des Bords de Marne (Fr) March 12
Festival Plastique Danse Flore – Le Potager du Roi  Versailles      September 27

Revue de presse:

les Inrocks 7/10/2008
Libération 23/09/2008

Hallucinating Daily Figures

Anna Halprin & Anne Collod: parades & changes, replays at Tanzquartier, Vienna
Sabina Holzer / October 18th, 2008 / Corpus, Vienna (Austria)

During a trip to San Francisco in 2003 Anne Collod (a French choreographer, dancer, teacher and co-founder of the Albrecht Knust Quartet) started to collect sets of scores, handwritten notes and newspaper clips from “Parades & Changes”. She also watched photos and films and other archival material from Anna Halprin’s personal collection. Anne Collod used those devices to continue the project, and created “parades & changes, replays”. It is an interpretation rather than a re-enactment, as it consists of a flexible system which develops and grows. Collod stretched the collaborative process through time, staying close to the original concept in dialogue with Anna Halprin and responding to our contemporary reality.

Due to this very fine tuning, the actuality of these processes, and last but not least to the profound depth and substance of the “original” piece, “parades & changes, replays” unfolds to a timeless masterpiece, which is not only very pleasant to watch, but articulates issues of performance and representation which still are very valid today.

The dancers (for the Vienna version: Nuno Bizarro, Alain Buffard, Anne Collod, DD Dorvillier, Krõõt Juurak, Michikazu Matsune) mingle with the audience in the bar before the show starts. They are all dressed in black suits and behave casually.

While the audience takes their seats in the theatre, the light spreads out equally between the stage and the tribune. Already one can hear a soundtrack of soft environmental sound, voices talking, accents of string instruments and different layers of vocals. A large white plastic curtain is hanging from the ceiling, folded roundly like the outside bow of a big curve leading into the space.

The performers line up in front of this curtain. They all take on a specific posture (like one arm resting on the waist, weight shifted slightly to one leg) and gaze at the audience. Slowly they start to undress, each performer in their own way, their own time. They keep on looking. The gaze is a personal eye-to-eye contact with the audience and even if one is not directly looked at, it opens up the space for a different way of watching.

The slowness adds a certain sensuality to the functionality of the movements, yet the dancers carefully avoid adding any sexual connotations. By the time each of them is standing naked in front of the audience, the personal and individual movements and traces each of the bodies renders visible and unfolds, are quite touching. The dancers pause for a few moments and then start to dress again. When the performers are dressed again, they walk through the space in circles, again covering the audience and the stage.

This action of dressing and undressing is repeated several times, in subtle variations. The movements become slightly larger; an arm swinging while taking off the jacket, a leg being raised higher, the timing changing. Throughout all this, the person-to-person gazing continues between the audience and the dancers as well as between the dancers themselves

A catwalk with hallucinating figures

During this section the white curtain is lifted slowly, the space of the stage becoming more and more visible. When the dancers undress mirroring each other, a person brings a large roll of brown paper into the space. They go and tear the paper, they stumble and fall with care. Again the movements are functional. The warm light softens the outlines of the brownish paper and the skin of the dancers. There is a fine sense of humour to the scene. The different rhythms of the gestures handling the long and large piece of paper create an absurd dance. As the dancers are gathering the torn paper together in front of their bodies to cover their torsos and approach the audience in a straight line, the shadow of some disheveled Bauhaus costumes is floating in the air.

In the last part, the dancers dress up with objects which they spread before on the floor. Fantastic colourful plastic tubes and planes, lampshades and umbrellas, fur shoes, skirts, draperies and a huge white balloon, grounded with a basket. A catwalk with hallucinating figures begins. The dancers exchange the different objects with each other in a calm way, continuously transforming. At the end, two of them are dressed up by the others with all the objects on the dancefloor before they are spread out again into the audience and backstage, too.

“parades & changes, replays” is a highly visual performance which never becomes an image. The light design by Mykko Hynninnen and the sounds of Morton Subotnick, as well as the costumes and scenographic elements by Misa Ishibashi merge in perfect liquidity. The dancers perform in an exquisite pedestrian way. They are beautifully present, eyes and faces open and relaxed to each other, sometimes smiling. Their virtuosity lies in their dailyness, their non-acting, in their specific subtlety of movement and the clearness of the composition as the piece unfolds. The relation to the audience is quite intimate and gives a sense of sharing the space, a mutual agreement to look at each other. It opens up the space for recognition and imagination.

Anna Halprin is now 88 and teaches dance to people of all ages, helping them to build awareness of their bodies. She is still exploring how the mind informs the body and how the body can inform the mind. Through one’s own creative process, Halprin believes, each of us will find a path of personal discovery through movement.

Performances like this, one would believe, encourage to look at the world in a different ways. »

Les extensions 

En parallèle à la création et à la diffusion de parades & changes, replays et parades & changes, replay in expansion, l’association … & alters propose un ensemble d’interventions:

– Ateliers pédagogiques pour danseurs professionnels et amateurs, professeurs de danse, enseignants EPS, amateurs, étudiants en école d’art, d’architecture, etc
– Conférences
– Rencontres avec les publics
– Exposition du travail graphique et des partitions réalisées par le designer Mathias Poisson.

– Ateliers pédagogiques  

Anne Collod propose lors des ateliers pédagogiques d’explorer et de prolonger des processus de création et d’improvisation inaugurés par Anna Halprin, réactivés et actualisés lors de la création de parades & changes, replays. Elle invite les participants à travailler à l’interprétation collective de scores (programmes d’activités) de Parades and Changes et à en proposer diverses remises en jeu.

Mathias Poisson, graphiste et designer, intervient dans certains des ateliers et fournit différents outils  d’élaboration et de réalisation graphique des partitions.

L’intervention est destinée à permettre aux participants de se confronter à différents enjeux du travail d’Anna Halprin et aux questions posées par un travail de réinterprétation, de se familiariser avec l’usage du score comme support d’interprétation et outil de création individuelle et collective, d’expérimenter des activités quotidiennes altérées par un jeu de contraintes, de comprendre en quoi la notion de tâche a pu être une stratégie d’accès à une autre conscience du mouvement et à un autre régime moteur, et de développer une réflexion critique sur les enjeux esthétiques et politiques liés aux processus développés.

– Conférences et rencontres avec le public

De nombreuses conférences et rencontres avec le public peuvent être menées autour de la présentation des Replays. Elles permettent d’exposer les processus de travail suivis et de faire connaître l’extrême richesse et importance du travail d’Anna Halprin, notamment l’importance dans le champ de la performance et des arts vivants des concepts de tâche et de score, des dimensions de collaboration et de transdisciplinarité, etc.

Les films documentaires de la réalisatrice Jacqueline Caux sur la vie et l’œuvre de l’artiste californienne peuvent également être présentés, en présence de la réalisatrice.

– Réalisation de partitions et exposition de Mathias Poisson

Mathias Poisson a été invité par Anne Collod à accompagner  le processus de recréation dès son début  et à proposer une traduction graphique des scores de Parades & Changes trouvés dans les archives d’Anna Halprin, ainsi que des éléments de travail élaborés par Anne Collod et l’équipe de recréation.

Ce travail a donné lieu à une exposition qui rassemble les différents scores et cartes de jeu élaborés par Mathias Poisson lors de cette réinterprétation de Parades & Changes, complétées par différents éléments du travail de Mathias Poisson, notamment de nombreuses cartographies de promenades réalisées lors de différents évènements.

Mathias Poisson est plasticien, performeur et dessinateur, il fait de la promenade un territoire d’expérimentation artistique. Depuis 2005, il organise des visites guidées ou des promenades conçues comme des expériences chorégraphiques (Fuites Raffinées, les Promenades Blanches en collaboration avec Alain Michard, Bande Passante et Promenade Floue en collaboration avec Manolie Soysouvanh). Il propose des voyages immobiles à travers des récits de promenade illustrés (une conférence à l’échelle un et Lecturade Méditerranéenne en collaboration avec Virgine Thomas). Parallèlement, il est interprète et scénographe pour Alain Michard, La revue Eclair (Corine Miret et Stéphane Olry), occasionnellement pour Xavier Marchand, Catherine Contour ou Pierre Droulers.

cartes d'activités : parades & changes, replays : dessin Mathias PoissonCarte parades & changes, replays : dessin Mathias Poisson

parades & changes, replays : score du déroulé général Beaubourg 2008 - copie

Biographies

Anna Halprin

Au début des années 50, une femme, alors chorégraphe et danseuse soliste chez Doris Humphrey, quitte New York pour s’installer sur la côte ouest des Etats-Unis, et débuter l’une des aventures artistiques les plus radicales et les plus fécondes du XX° siècle, dont les effets continuent  aujourd’hui à irriguer de nombreux champs artistiques.

Dans ses ateliers d’été se rencontrent des artistes tels qu’Yvonne Rainer, Trisha Brown, Simone Forti, Robert Morris et bien d’autres, qui vont pratiquer notamment les célèbres « tâches », concept novateur qui fait entrer les gestes du quotidien dans le champ de la danse et qui influencera de façon déterminante la danse post-moderne américaine. Dé-subjectiver l’action, sortir de la question du style et de l’idiosyncratie du langage gestuel du chorégraphe, ramener le réel au cœur du geste artistique,…

Nourrie par les théories du Bauhaus, par la philosophie humaniste et pragmatique de John Dewey, par l’enseignement de la physiologue Margaret H’Doubler, par les approches de Moshe Feldenkraïs et du gestalt-thérapeute Fritz Perls, mais aussi proche de l’esprit de John Cage (qui est un ami), de la Beat Generation, du groupe Fluxus,  Anna Halprin n’a de cesse de remettre en cause les préceptes de la danse moderne et de favoriser l’émancipation du danseur. Elle explore et développe le processus même de création, notamment collective.

Elle adresse ces processus d’expérimentation et de composition à tous, danseurs de toutes origines comme non-danseurs. Basés sur une approche holistique de l’individu, se approches mettent le mouvement humain, dans sa dimension fonctionnelle, émotionnelle et imaginaire, au cœur du processus de transformation.

« Je dis que faire, mais pas comment le faire, sinon pour moi c’est du fascisme; dire que faire apporte des limites et, plus vous apportez de contraintes, plus vous devez aller loin pour conquérir votre matériel et réaliser vos tâches, alors que ne pas dire comment le faire laisse toute liberté à chacun pour trouver son propre langage. »

Anna Halprin se livre à une remise en cause incessante des modes de penser et d’agir, des normes et des frontières esthétiques et politiques, en s’appuyant sur l’usage des scores (partitions), la création collective, l’improvisation et les expérimentations en milieu naturel, l’implication dans les mouvements de contestation des années 60, et le travail au long cours avec des gens malades du sida ou du cancer.

Créatrice en 1955 du San Francisco Dancers’ Workshop, Anna Halprin initie des collaborations fructueuses avec des artistes de toutes disciplines: de nombreux danseurs et chorégraphes, bien sûr, mais aussi avec Lawrence Halprin, son mari, architecte et  « landartist », avec des musiciens et compositeurs, notamment La Monte Young et Terry Riley (qui seront co-directeurs artistiques de sa compagnie et inventeront chez elle les débuts de la musique minimaliste), Luciano Berio (avec qui elle crée Esposizione en 1963 à la Fenice de Venise), avec des poètes, James Broughton, Allen Ginsberg,  ainsi que des peintres et des sculpteurs.

Elle crée de nombreuses pièces qui mettent en jeu thématiques et processus sur des modes à chaque fois renouvelés, fruits de plusieurs années de recherches: Birds of America (1960), Four-Legged-Stool (1962) qui voit l’apparition des premières tâches et offre aux danseurs la possibilité d’utiliser des médiums autres que le mouvement, voix, musique, ainsi qu’au musicien ou au plasticien la possibilité de participer aux tâches, avec Exposizione (1963) à l’invitation de Luciano Berio, elle fait exploser le 4me mur et investit l’ensemble du théâtre proposant même des actions sur un filet tendu au dessus des spectateurs

Parades and Changes (1965-67) pièce manifeste où elle continue à briser un certain nombre de tabous (la nudité)  Apartment 6 (1965) où elle explore la dimension relationnelle, les affects qui la lient à ses collaborateurs John Graham et AA Leath, Myths (1967-68), Citydance (1976-77), Ceremony of Us (1969), Animal Ritual (1971). Son travail est le reflet de son engagement dans les grandes questions politiques et sociales, notamment sur la question raciale : après les émeutes de Watts à Los Angeles, elle fait travailler séparément puis réunit un groupe de danseurs blancs et de danseurs noirs, expérience qui la conduira à créer la première compagnie multiraciale des USA.

A partir de 1971, sa confrontation avec le cancer l’amène à modifier radicalement son rapport à l’art et à consacrer celui-ci à la vie, en mettant ses processus créatifs au service de gens atteints de maladies graves. Elle crée alors Circle the Earth (1986-1991),The Planetary Dance (1987- ), Carry me Home (1990), Intensive Care ( 2000).

Elle continue aujourd’hui, à 95 ans, à danser, créer et enseigner. Sa dernière pièce, Seniors Rocking, met en jeu cinquante personnes âgées de plus de 80 ans, et elle présentera dans quelques jours pour la fermeture du Musée de Berkeley à SF une relecture de sa pièce Parades & Changes, créée en 1965  pour l’ouverture de ce même musée.

Morton Subotnick 

Pionnier américain de la musique électronique, il innove avec des œuvres combinant instrumentation traditionnelle et autres médias, notamment des systèmes informatiques interactifs. Directeur musical de la Anna Halprin Dance Company dans les années 60, il fonde le San Francisco Tape Music Center, lieu d’expérimentation privilégié pour Pauline Oliveros, Donald Buchla, Ramon Sender, Terry Riley, ou encore Steve Reich, puis le Mills Tape Music Center avec Luciano Berio. Il acquiert la célébrité en 1966-67 avec Silver Apples of the Moon, commande de Nonesuch Records, première composition d’envergure spécifiquement conçue pour le medium disque, reconnaissance consciente que l’équipement stéréo domestique constituait une forme contemporaine de musique de chambre. Dans les années 70, il utilise pour la première fois un synthétiseur avec contrôle d’intensité en temps réel, et développe une “ghost box”, littéralement “boîte fantôme”, appareil électronique permettant l’écriture de véritables “partitions fantômes” enregistrées sur bandes magnétiques. Précurseur de la création d’outils de création musicale pour jeunes enfants, il est l’auteur d’une série de cd-rom et d’un site internet (creating-music.com), et développe un programme pour la classe et le temps périscolaire (disponible internationalement). Il est publié par Schott Music et Alfred Music et tourne intensivement aux Etats-Unis et en Europe en temps que conférencier et compositeur/performer.

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